Le système RIS : une interface dépassée ?

Picatinny Keymod M-Lok (Image thesear.com)

Le système RIS / RAS s’est imposé comme le système standard de fixation de tous types d’accessoires sur armes dans le domaine militaire et tactique depuis plus de 30 ans, du fait de sa simplicité et, il faut l’admettre, d’un look longtemps jugé futuriste, plus plaisant que celui d’autres systèmes alternatifs pas moins performants mais moins « stylés ».

Mais depuis peu, nombreux sont ceux jurant que l’interface RIS serait dépassée. Est-ce vraiment le cas ?

En fait le problème est ailleurs.

Par facilité de langage, nombreux sont ceux qui confondent le principe du RIS et le système de rails.

Une distinction qui ne posait guère de problèmes jusque récemment, un seul système de rails étant utilisé par 99% des interfaces, mais qui doit être clairement faite à présent avec la diffusion massive de deux nouveaux systèmes très récents.

Mais plus récent implique-t-il meilleur et plus performant ? Est-ce alors le système RIS qui est dépassé ou ses composantes ?

Le Système RIS : qu’est-ce ?

Le RIS ou RAS (Rail Integration System, Rail Interface System ou encore Rail Accessory System) est un terme générique désignant tout système permettant d’attacher des accessoires à une arme via une interface dédiée.

Rail Daniel Defense RIS II (Image Daniel Defense).
Rail Daniel Defense RIS II (Image Daniel Defense).

Dans le langage courant pourtant il désigne principalement le système « historique » recourant aux rails Picatinny classiques dits STANAG 2324, définis en 1995 sous le MIL-STD-1913. Mais il peut recourir également à d’autres types de rails bien plus récents : Keymod et M-LOK (voir image de couverture, de haut en bas : Picatinny, Keymod, M-LOK)

Les rails Picatinny

Les rails Picatinny, apparus dans les années 1980, sont dérivés du système Weaver bien plus ancien (développé dans les années 1930) dont ils reprennent la géométrie en changeant les dimensions, toujours en unités impériales (0.206 pouces pour le Picatinny contre 0.180 pouces pour le Weaver).

Ils se sont imposés comme le système standard de fixation de tous types d’accessoires sur armes, casques et équipements divers dans le domaine militaire, tactique ainsi que dans une bonne partie du marché du tir dit de loisir, mais également dans le domaine civil (aide à l’acquisition du sujet en photographie au téléobjectif, en observation astronomique, …).

Pourquoi ?

Sa simplicité d’utilisation, sa facilité à être usiné avec précision, et la grande répétabilité de montage que permet sa forme.

En effet sa conception n’oblige pas à refaire les réglages des optiques à chaque re-montage (particulièrement avec les systèmes Quick Disconnect ou QD, moins vrai avec les fixations vissées classiques), contrairement à d’autres systèmes (dont celui utilisé en France sur les PGM Infanterie des Famas par exemple, ou sur d’autres armes) : c’est cela la répétabilité.

Répétabilité encore améliorée avec son évolution en NATO Accessory Rail (NAR) STANAG 4694 développée conjointement avec Aimpoint, Beretta, Colt, FN Herstal et HK, et dont les dimensions sont cette fois en unités métriques.

Les rails Picatinny sont pourtant aujourd’hui dépassés dans leur forme habituelle intégrée directement aux garde-mains des armes qu’ils équipent par deux systèmes plus récents : le Keymod et le M-LOK.

Il est regrettable de constater que c’est pourtant cette forme qui a élu domicile sur les HK416 que les armées françaises vont utiliser les 30 prochaines années, alors que dans 30 ans il apparaîtra vraisemblablement comme un vestige du passé digne d’un musée, remplacé par l’un, l’autre ou les deux autres systèmes pré-cités.

Le Keymod

Le Keymod est un système d’interface universelle en unités impériales conçu par la société américaine VLTOR en 2011 et développé en collaboration avec Noveske, autre boîte américaine en pointe du secteur.

Sa première particularité est sa forme qui n’est pas sans évoquer un trou de serrure (d’où le nom) ou surtout les systèmes de fixation de tablettes et d’accessoires sur les établis de bricolage et d’ateliers. Ce qui vaut d’ailleurs quelques moqueries au système.

Sa deuxième particularité est qu’il permet de se passer totalement des rails Picatinny en disposant, directement sur les accessoires à monter, d’un système à écrou conique vissé permettant de diminuer autant la hauteur de l’accessoire sur le rail (donc de diminuer les problèmes de parallaxe) que le poids total embarqué. On peut toutefois fixer des rails Picatinny sur Keymod au besoin.

Troisième particularité, pas des moindres : le système est libre de droits et open-source.

Le M-LOK

Le M-LOK de la célèbre Magpul Industries est à la fois plus ancien dans son origine, et plus récent dans sa diffusion. Il est en effet dérivé du système MOE de 2007 de Magpul, rendu public par le prototype « MASADA » de l’ACR, et commercialisé dès 2009 : ci-après un Bushmaster Remington ACR, évolution actuelle du Masada, où le M-LOK a remplacé le MOE (Image Military Today).

Bushmaster Remington ACR, évolution actuelle du Magpul Masada. Le M-LOK a remplacé le MOE. (Image Military Today)

Mais le MOE avait quelques inconvénients pratiques, notamment l’obligation de devoir accéder aux 2 côtés de l’interface pour procéder au montage des accessoires, d’où retour à la planche à dessin pour aboutir, d’abord au MFR commercialisé un temps par Daniel Defense, puis au M-LOK, commercialisé en 2014.

Garde-main M4 standard M-LOK (Image Midwest Industries).
Garde-main M4 standard M-LOK (Image Midwest Industries).

Le principe général du M-LOK est similaire à celui du Keymod : monter directement les accessoires sur le garde-main, sans avoir besoin de rail Picatinny. Mais, comme pour le Keymod, il est également possible de monter des rails Picatinny au besoin.

Contrairement au Keymod mais conformément à l’évolution des Mil-Std STANAG, le M-LOK est en unités métriques, et fonctionne grâce à un écrou en T à blocage automatique, lui permettant à la fois une résistance supérieure aux vibrations par rapport au système Keymod à vis classique, et la capacité à fonctionner sur et avec des pièces et éléments en polymère aussi bien qu’en aluminium, Magpul étant à la fois pionnier et leader dans le domaine de l’emploi des polymères dans l’armement individuel et ses accessoires (voir l’article sur l’arrivée du PMAG Gen M3 dans l’USAF et le choix français de rester sur des chargeurs acier par notre partenaire le Collectif TRE ici, on notera le 416 équipé d’un garde-main M-LOK en illustration de couverture).

Magpul M-LOK sur garde-main polymère injecté en haut et aluminium usiné CNC en bas (Image Magpul).
Magpul M-LOK sur garde-main polymère injecté en haut et aluminium usiné CNC en bas (Image Magpul).

Le système M-LOK n’est pas open-source, mais libre de droits : Magpul exige en effet la signature d’une licence gratuite par toute entité souhaitant utiliser / fabriquer du M-LOK, autant pour garantir la conformité aux données techniques du dessin que pour contribuer à la notoriété de Magpul (s’il en était besoin).

RIS / RAS Picatinny : une interface encombrante

Trois critères sont ici à considérer, pour expliquer l’encombrement du système RIS lorsqu’il utilise le Picatinny. Un encombrement qui n’est pas du tout comparable lorsque le Keymod ou le M-LOK sont utilisés comme nous le verrons.

Les critères :

  • poids : un rail picatinny est une pièce massive d’aluminium. L’aluminium a beau être un métal léger, si vous utilisez 10 centimètres cubes là ou 2 suffiraient, vous multipliez inévitablement le poids de votre pièce par 5 ;
  • encombrement : disposer des rails picatinny sur l’intégralité d’une arme prends de la place, aggravant le problème poids et l’équilibre de l’arme, sans parler d’une prise en main désagréable du fait de leurs angles vifs qui sont un désastre pour les gilets balistiques, chestrigs, poches mêmes rigides, désastre et prise en main rattrapables avec des couvre-rails qui augmentent encore encombrement et poids ;
  • coûts : qui dit plus de matière dit coût de revient plus élevé, dit coût de production plus élevé (coût d’usinage et de post-traitement), dit prix de vente du produit fini plus élevé également. Et un garde-main Picatinny MIL-STD complet peut coûter une vraie fortune.

Une longueur de rail inutile

Embarquer du rail Picatinny sur l’intégralité du garde-main d’une arme répond à la même logique que rouler avec une remorque vide au prétexte qu’on pourrait avoir besoin de son volume de chargement : on dégrade inutilement maniabilité, poids, consommation d’énergie (de la voiture d’un côté, de l’utilisateur de l’autre) pour … rien.

Pour continuer avec l’exemple du 416, sur un 416 normal on a au total 96cm de rails sur l’ensemble de l’arme. Près d’1 mètre ! Répartis ainsi :

  • 16cm sur le boîtier de culasse ;
  • 4 x 20cm sur le garde-main.
HK416F spécifique Armée Française. Les rails latéraux sont ici recouverts de couvre-rails amovibles (Image HK).
HK416F spécifique Armée Française. Les rails latéraux sont ici recouverts de couvre-rails amovibles (Image HK).

Pour au final n’y fixer que dans le pire du pire des cas :

  • une optique : montage de 10cm maximum sur le boîtier de culasse ;
  • une mire arrière : montage de 3cm de longueur maximum sur le boîtier de culasse ;
  • un guidon avant : montage de 2cm de longueur ;
  • une lampe-torche : montage de 3cm de longueur en étant généreux ;
  • un pointeur laser : emprise de 3cm de longueur, toujours la même générosité ;
  • une poignée, prenons une inclinée histoire de rester dans la générosité généreuse : 12cm maximum.

Soit un total de 10cm + 3cm + 2cm + 3cm + 3cm + 12cm = 33cm. Dont 20cm sur le garde-main. A peu près ce qui est occupé sur le 416 de ce personnel des forces spéciales polonaises (Image JWK).

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80cm fournis pour seulement 20cm nécessaires. Soit seulement 25% de longueur réellement utile, ou encore 4 fois trop de longueur fournie. Une caravane en fait plutôt qu’une remorque, alors que le coffre suffit largement.

Un poids inutile

Côté poids, ce n’est pas mieux, et surtout beaucoup plus problématique : qui dit poids inutile dit fatigue inutile de l’utilisateur, et qui dit poids au-delà du centre de gravité de l’arme dit contrôle plus compliqué, plus d’énergie pour la mise en cible, l’élévation, les manipulations où seule la main forte tient l’arme etc.

Les chiffres, toujours en reprenant l’exemple du garde-main 416 :

  • d’origine avec 80cm de Picatinny : 39,7 grammes par pouce de longueur, soit 357g pour le rail 9 » standard ;
  • Geissele avec M-Lok : 34 grammes par pouce de longueur, soit 14,4% plus léger ;
  • Remington avec M-Lok : 32 grammes par pouce de longueur, soit 19,4% plus léger ;
  • Strike Industries avec Keymod : 30,9 grammes par pouce de longueur, soit 22,2% plus léger.

Des chiffres d’autant plus parlants que les 3 garde-mains M-Lok ou Keymod cités intègrent des points de montage QD en acier massif bien lourds, que n’offre pas le garde-main 416 d’origine.

Larry Vickers derrière un AR15 BCM à garde-main Keymod (KFR). Le QD est bien visible, la sangle y étant fixée (Image BCM).
Larry Vickers derrière un AR15 BCM à garde-main Keymod (KFR). Le QD est bien visible, la sangle y étant fixée (Image BCM).

Pour ne pas alourdir inutilement le propos avec une avalanche de chiffres et de données, on se contentera de noter également que les 3 garde-mains cités sont également, soit moins hauts, soit plus fins, soit les deux, que celui d’origine.

Certains diront que ces comparaisons sont incorrectes, car comparant le garde-main d’origine équipé de ses 80cm de rail, à d’autres où les rails sont montés au besoin.

Le fait est, même lorsque les 18cm de rail utile sont montés, avec des rails en aluminium, tous sont toujours plus légers, à l’exception du Geissele qui égale alors le poids du garde-main d’origine du 416.

Garde-main Geissele sur 416 d'un des opérateurs du CAG venus renforcer les personnels du COS français à Ouagadougou (Image Reuters).
Garde-main Geissele sur 416 d’un des opérateurs du CAG venus renforcer les personnels du COS français à Ouagadougou (Image Reuters).

Et si des rails polymère sont utilisés, alors là … « il n’y a même plus match ».

Et comme il n’est même plus besoin d’utiliser de rails, même polymère, avec les accessoires récents … Et que certains accessoires plus anciens peuvent être adaptés pour se passer de l’interface rail …

Cette contrainte poids est déterminante à l’heure où toute arme utilisée sérieusement embarque des accessoires rajoutant un poids non négligeable sur l’avant, déséquilibrant totalement le système pour l’utilisateur. Si l’avant d’origine pèse un âne mort, tout équipé on vire au sketch.

Pour enterrer la comparaison, ici les poids de 3 interfaces RIS de Daniel Defense de même type et longueur, systèmes de montage sur l’arme inclus :

  • Picatinny : 269g, soit 29,9 grammes par pouce ;
  • Keymod : 173g, soit 19,2 grammes par pouce : 35% plus léger ;
  • M-LOK : 164g, soit 18,2 grammes par pouce : 40% plus léger.

Conclusion

On a donc vu en quoi consiste le système RIS, qui peut être conjugué à la sauce Picatinny, Keymod ou M-LOK.

Au final, il apparaît que le système RIS en lui-même n’a rien de dépassé. Il est même prévu qu’il continue d’évoluer, avec dans un futur proche l’arrivée de systèmes RIS électrifiés permettant l’alimentation électrique de toute l’optronique et des divers accessoires directement sur l’arme, devenue également batterie autonome. Ainsi le I-Rail de T-WORX (image ci-dessous) pour l’instant développé sur Picatinny avant de passer sur M-LOK.I-Rail par T-WORX (Image T-WORKS).

En revanche, il semble que les rails Picatinny soient bientôt à reléguer aux technologies du passé, supplantés en de nombreux points par les récents Keymod et M-LOK.

Il reste cependant un point majeur sur lequel le Picatinny reste la référence : la répétabilité des montages. Plus exactement, la toute dernière mouture du Picatinny, le NAR (Nato Accessory Rail) STANAG 4694 est spécifiquement amélioré sur base du Mil-Std-1913 préexistant pour le montage d’optiques. Ce standard reste la référence pour le montage aussi bien des organes de visée conventionnels, des points rouges ou des optiques à grossissement.

Le fait est que toutes les armes même dans leurs déclinaisons les plus récentes continuent de se fier au NAR pour le montage des organes de visée. Et même les RIS en Keymod ou en M-LOK intègrent souvent des parties fixes en NAR pour le montage d’un guidon avant choisi par l’utilisateur.

Garde-mains en Keymod et en M-LOK, même modèle (Image Midwest Industries).
Garde-mains en Keymod et en M-LOK, même modèle (Image Midwest Industries).

Reste à savoir lequel du Keymod ou du M-LOK supplantera le Picatinny pour le montage des accessoires dans les prochaines années. Un sujet sur lequel nous reviendrons prochainement en comparant les deux systèmes.

Edit du 02 novembre 2017 : suite aux nombreuses demandes, article « intermédiaire » complétant celui-ci avant de se concentrer sur Keymod et M-LOK seulement : à lire ici :

Système Picatinny : une mort annoncée ?

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