Milipol 2017 : du nouveau pour PXE ?

Couverture Debriefing Milipol 2017 PXE

Présent pendant 4 jours au dernier salon Milipol en temps que visiteur, j’ai eu l’occasion d’y rencontrer quelques contacts déjà établis et de faire de nouvelles connaissances dans le cadre des différents projets entreprise.

Voyons par thématiques l’avancement des projet suite à Milipol, sans langue de bois. En France les entreprises n’ont pas l’habitude de parler des difficultés et problèmes rencontrés, comme si tout cela tenait de la magie ou du secret, et finalement à force de discussions avec de nombreuses personnes, proches ou non, je réalise que la plupart des gens n’ont, faute d’informations, pas la moindre idée de la difficulté à présenter un produit sur le marché pour une petite entreprise, des risques pris compte-tenu des coûts de prototypage et de fabrication, des interrogations permanentes sur le potentiel de tel ou tel produit de répondre efficacement aux attentes des utilisateurs, sur le vol de propriété intellectuelle, sur la copie et toutes les autres questions que l’on se pose H24.

 

Débriefing PXE Milipol 2017

Voyons donc les différents points que j’ai pu traiter grâce aux rencontres et rendez-vous lors de ces visites au salon Milipol 2017 : camouflages, produits plastiques, coutellerie et système Molle amélioré.

 

Camouflages

Les camouflages CAPADE® et Centre-Europe modifié ont suscité l’intérêt de nombreuses personnes ces derniers mois, et j’ai reçu plusieurs requêtes d’informations de fabricants et de distributeurs dans les semaines précédent Milipol. La question redondante : « Sont-ils déjà fabriqués ? » Et celle qui suit quand je réponds « Non » : « Sont-ils déjà prototypés sur des tenues complètes ? » Non plus.

Voilà qui devrait changer dans les mois à venir.

Il faut bien comprendre que l’impression de camouflages militaires ne se fait pas du tout comme l’impression de motifs civils, même camouflés. Il faut des imprimantes à rouleaux (« rotatives »), le principe se rapprochant de l’impression des journaux traditionnels. Chaque couleur différente est appliquée par un rouleau gravé au motif correspondant. Cette gravure des rouleaux est très coûteuse, et n’est justifiée pour les fabricants que si le motif ainsi imprimé a un potentiel commercial : autrement dit s’il peut être rentable.

Pour comparer simplement : un camouflage militaire traité est en gros 10 fois plus cher à imprimer que n’importe quel motif civil, camouflages « mode » ou « chasse » compris. C’est très, très cher. Et ça ne s’arrangera pas dans le futur avec les encres réactives, thermiques, les tissus intelligents et autres raffinements technologiques.

Ne souhaitant pour diverses raisons (rapport de confiance plus aisé, contact humain facilité, proximité géographique, protection intellectuelle simplifiée) ne travailler qu’avec des entreprises françaises ou ayant des filiales en France, en l’état trois sociétés ont manifesté un intérêt concret pour mes camouflages, toutes vues ou revues lors de Milipol :

  • l’une d’elles est capable de réaliser du tissu prototypé fonctionnel, et m’a orienté vers des solutions de prototypage « preuve de concept » externes pour réaliser à mon niveau un premier démonstrateur ;
  • les deux autres sont :
    • une société capable de produire un premier run de 100 à 150m de tissu camouflé ;
    • une autre intéressée par mes camouflages pour en faire des tenues à destination de divers marchés.

Suite à certains rebondissements antérieurs (voir ici + suites), certains fondaient quelques espoirs sur un aboutissement institutionnel … Verdict à l’issue d’un rendez-vous lors de Milipol que j’attendais impatiemment : en l’état on peut oublier. Je croise simplement les doigts pour que nos décideurs ne commettent pas un acte manqué avec le remplaçant du CCE / Camouflage Centre Europe, dans le pays qui a inventé les tenues camouflées … Bref.

Reste à savoir quel camouflage imprimer en premier : CAPADE®, CCE modifié, d’autres motifs récemment développés ?

Aperçu gamme camouflages PXE 2017
Aperçu gamme camouflages PXE 2017-2018 : de gauche à droite : « C+C » mix CAPADE® et CCE modifié, CAPADE®, CCE modifié, « CMP » un camouflage conventionnel multi-environnements à motifs organiques.

D’autant que, au-delà de cet aperçu, il existe aussi des déclinaisons à motifs organiques de CAPAPE® (dont une montrée plus haut sur la photo-simulation), une variante pixellisée de « CMP », une nouvelle et complète gamme de camouflages à conception traditionnelle …

Du coup je songe sérieusement à mettre un sondage en place pour faire appel à vos voix, vous utilisateurs potentiels.

A suivre très prochainement.

 

Produits plastiques

Du côté des produits plastiques, 4 produits sont prêts mais … D’abord, il y a l’épineux problème de la protection intellectuelle / industrielle. Petite structure, le coût souvent prohibitif des dépôts de modèles, de marques et de brevets refroidit sérieusement. Plus encore lorsque l’on comprend qu’un dépôt national ne protège qu’en France, et qu’un dépôt international est … exorbitant. Pou donner une idée, le système M-LOK dont l’utilisation est laissée libre de droits par Magpul qui l’a conçu, est tout de même breveté dans un bon panel de pays, pour un montant qui, approximativement, doit tourner autour des 5000 €. Peu pour une grosse structure, dément pour une petite boîte. Sans parler des inévitables honoraires d’avocats spécialisés, sans doute au moins autant.

  • Crokyd, le clip de fixation polyvalent dont je vous parlais déjà ici il y a deux mois, est prêt, et sera commercialisé dès janvier. Conception et fabrication en France à 100%, jusqu’au packaging, même l’emballage plastique, tout. Seul un accessoire fourni avec est sourcé en Chine, mais il s’agit d’un bonus inclus au produit et non d’un élément déterminant sa mise en oeuvre.
Version 1 de notre Crokyd™, une attache polyvalente pour ceintures, vêtements, passants Molle.
Version 1 de notre Crokyd™, une attache polyvalente pour ceintures, vêtements, passants Molle.
  • Le porte-chargeur innovant prend du retard : les choix techniques et de production initialement envisagés rendraient le prix final prohibitif, je creuse différentes pistes pour déterminer les solutions les plus appropriées. Le modèle final sera quelque peu différent des premières phases du projet, mais n’en sera que plus performant. Breveter ou pas, déposer ou pas, grosse question là aussi, surtout après la découverte à Milipol d’un porte-chargeur étrangement similaire à celui présenté sans naïveté il y a quelques mois (image ci-dessous), et développé ô hasard deux semaines après la publication de l’image qui suit.
Teaser porte chargeur PXE
Phase ancienne du projet de porte chargeur PXE.
  • Le support de poitrine modulaire rencontre les mêmes difficultés, mais pourrait arriver plus rapidement. Là encore, beaucoup d’évolutions depuis la première mouture illustrée ci-après, là encore les mêmes interrogations.
Prototype MMPC juillet 2017 BATCH
Prototype V1 du support de poitrine modulaire (Juillet 2017).
  • Un autre produit, pas encore présenté, est conçu pour servir de support universel dans de multiples domaines : utilisation civile loisir ou utilitaire, militaire, secourisme … Le prototype a passé le stade des tests fonctionnels avec succès et suscité un certain intérêt, voire un intérêt certain, chez ceux ayant pu le voir, mais ne pourra être proposé à un prix intéressant que si production en grande série. Compte-tenu du coût d’un moule, pour l’instant le projet est freiné … A mon grand regret, car son potentiel est énorme du fait de sa polyvalence. Mais en l’état, que ce soit par impression FDM, frittage laser, ou d’autres techniques, le coût de production reste supérieur au prix que j’envisageais pour un tel produit. Si l’on rajoute d’éventuels coût de brevet, on s’envole dans les 5 chiffres …

 

Coutellerie

Côté coutellerie, les choses avancent aussi, et plutôt bien. Bien sûr, la production sur-mesure de couteaux sur base de machettes Tramontina retaillées est toujours d’actualité : la demande pour un couteau de camp à lame de 23cm, léger et à moins de 80€ est toujours là, et les options de personnalisation permettent d’avoir une pièce unique, à la fois soigneusement finie et durablement rustique, pour un tarif qui reste très inférieur au forgé main sur commande, et concurrentiel aux productions industrielles presque toujours plus lourdes et moins performantes.

Mais, à côté de cela, j’ai quelques projets de couteaux de différentes tailles et types prêts pour la production en série par les moyens habituels. Des contacts solides ont été pris, en France, et ce n’est plus qu’une question de temps pour que du concret sorte. En lice : un couteau utilitaire, et un couteau de combat polyvalent à construction traditionnelle (plate semelle, poignée à plaquettes démontables), qui sera peut-être décliné en version à manche intégral (isolation électrique).

 

Système Molle amélioré

Le système Molle amélioré intéresse également beaucoup, utilisateur autant que concepteur je comprends aisément pourquoi !

La question est : comment le rendre public. Deux options :

  • la plus intéressante financièrement pour l’entreprise : déposer un brevet. Aucun souci pour la rentabilité dudit brevet, j’ai confiance en ce que j’ai conçu, et après quelques mois de tests, aucun doute : c’est plus que pertinent, très novateur, et adapté à un très large panel d’applications. Mais pour une protection intéressante il faudrait un brevet international, Chine comprise, et on repart dans les dépenses à 4 voire 5 chiffres. Clairement impossible pour le moment, ce qui obligerait à reporter la présentation du système. Sans oublier les délais lors des dépôts de brevets, rajoutant eux-mêmes des longueurs importantes (plus d’un an …) ;
  • la plus intéressante en notoriété pour l’entreprise : rendre le système public, ainsi que ses données, gratuitement et librement accessibles à tous. Clairement si PXE était une boîte déjà solide financièrement je ne réfléchirais même pas : dépôt de marque (le système est déjà nommé), et licence gratuite, comme pour le M-LOK cité plus haut par exemple, ou d’autres systèmes.

 

Conclusion

Milipol 2017 aura été l’occasion parfaite de collecter les informations nécessaires à une prise de décisions efficaces pour les projets en cours et pour l’avenir de l’entreprise. Le salon m’aura également permis grâce aux interlocuteurs rencontrés d’éclaircir certains points, d’en découvrir d’autres dont je ne soupçonnais pas l’importance, de réaliser que certaines choses sont plus aisées à faire que je ne l’aurais pensé, et d’autres … bien plus complexes à mettre en oeuvre.

Il y a donc beaucoup, beaucoup à faire. La masse de travail à fournir est énorme, la faute à trop de projets, et si j’en étais conscient on me l’a fait comprendre plus encore. Ainsi, savoir rapidement lequel privilégier, comment, etc. Je vais donc tâcher de faire avancer projet par projet, autant que possible, et en creusant toutes les pistes possibles techniquement et financièrement. Car le principal problème reste le nerf de la guerre : les fonds. Pour fabriquer, mais quel intérêt de fabriquer si on ne protège pas efficacement. Donc fonds pour protéger aussi.

Le problème de fond (sans « s » et sans jeu de mots) étant que, qui dit coût d’un dépôt de brevet / modèle dit coût supplémentaire dans le développement produit, donc nécessité de refaire tous les calculs de coût de revient et donc de prix final … Hors dans bien des cas, à moins d’envisager de très gros volumes incohérents avec la notoriété réduite de PXE encore bien jeune, l’impact sur le prix final serait très voire trop important. Mais d’un autre côté, impossible de nos jours d’envisager de gros volumes sans protection intellectuelle / industrielle … Le serpent se mord la queue.

On m’a également recommandé de faire grossir l’entreprise en prenant un associé et en changeant de structure juridique, encore faut-il trouver quelqu’un de confiance absolue, mû par la même passion, issu du milieu militaire / tactique, ayant un minimum de connaissances techniques liées à la conception / fabrication, une bonne dose de conscience du travail à fournir et une bonne dose d’inconscience pour les sacrifices à consentir, qui dispose de beaucoup de temps et qui n’habite pas à 3h de route … Vaste programme.

Hors activités courantes de l’entreprise (prestations sur-mesure, en équipement, en personnalisation et en coutellerie et relance de MAV Manufacture côté airsoft), les semaines à venir vont permettre de poser à plat les problématiques soulevées. Recours à la bonne vieille MRT pour solutionner tout ça, et procéder à l’issue en fonction. Il va falloir voir quels aides sont envisageables sur les projets innovants, comment pourrait être financée telle ou telle production, comment protéger, comment diffuser, continuer à assurer la communication et les commandes en cours, poursuivre le développement des camouflages, monter des dossiers pour ceci, cela, …

Le travail à l’atelier sur les commandes sur-mesure est un vrai bonheur particulièrement en cette période, car il vide la tête de toutes ces interrogations pour ne plus se concentrer que sur la réalisation manuelle, en contact régulier direct avec l’utilisateur final pour coller exactement à ses besoins, ses problèmes, et y apporter les meilleures solutions.

A très vite donc pour de nouveaux stipplings, couteaux, AcryBake et autres, et à suivre pour le reste !

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